Aides contre bonus : le nouveau chiffon rouge !

Le Président de la république a souhaité conditionner l’octroi d’aides supplémentaires aux banques en contre partie – suggérées – de la suppression du bonus de leurs dirigeants. Cette annonce a réjouit les commentateurs, de la gauche jusqu’à l’UMP. Pourtant, cette condition est juridiquement absurde et politiquement démagogique.mai68capital1

Juridiquement absurde, car les aides sont octroyées aux banques, personnes morales, et non à leurs dirigeants. Une condition logique serait d’imposer aux banques d’accomplir un acte en faveur de la majorité de la population. Par exemple, que les banques s’engagent à accorder une enveloppe minimum aux TPE/TPI pour les accompagner en trésorerie. La banque reçoit, la banque agit. Mais demander aux dirigeants de renoncer à leurs bonus, c’est faire peser sur une personne physique ce qui devrait échoir à la personne morale.

Politiquement démagogique, parce que cette mesure n’est qu’un énième chiffon rouge destiné à occulter la gravité de la situation : jeter en pâture les dirigeants des banques au bon peuple ! ça marche toujours. Hélas. Si le sujet était réellement l’écart de rémunération entre les salariés d’une même entreprise, il eu mieux valu exiger un différentiel de salaire maximum (par exemple de 1 à 100) entre le plus petit salaire et le plus élevé. Si par exemple le plus bas salaire et de 1.000 € mensuel, le plus élevé ne saurait dépasser 100.000 € mensuel. Et cela d’ailleurs en excluant prime et bonus de ce ratio. Les primes et bonus visent à récompenser l’engagement supplémentaire d’un salarié, quel qu’il soit : cette incitation doit être au contraire maintenue. L’intérêt principal de cette échelle serait l’augmentation des plus bas salaires et ce sans augmentation du smic par l’Etat : dès lors que le dirigeant le mieux payé souhaite voir sa rémunération augmentée, il faudra augmenter également celle des plus bas salaires. Spirale ô combien vertueuse !

Voila la logique d’atteinte aux revenus les plus élevés poussée jusqu’au bout. Mais c’est soudain une mesure proprement révolutionnaire que même l’ultra gauche – si elle existe après sa création par MAM – n’imagine même pas dans ses rêves…

Bref, mieux vaut laisser tomber ce chiffon rouge. Et exiger des conditions des banques elles-mêmes : rien n’est plus urgent que d’assurer aux TPE/TPI les ressources en crédit nécessaires pour passer les mois et années qui s’annoncent. La prochaine conséquence de la crise systémique globale sera le défaut de paiement inter-entreprises. Si leurs trésoreries ne sont pas activement soutenues par les banques, les faillites en cascades vont se multiplier (voir l’excellente analyse de LEAP : http://www.leap2020.eu/GEAB-N-31-est-disponible-!-Phase-IV-de-la-crise-systemique-Debut-de-la-sequence-d-insolvabilite-globale_a2680.html) et le chômage atteindra en France des sommets inconnus.

Franz Vasseur

www.vasseur.eu

2 réponses vers «Aides contre bonus : le nouveau chiffon rouge !»

  1. Karl Marx Dit:

    Cher Franz, my democratix Friendx, j’ai lu ton papier : Tu as presque juste, mais ton point de vue se discute :

    • Le débat n’est pas personne physique/personne morale, le débat porte sur le sens de l’engagement. Je m’explique, je suis en plein dedans en ce moment : En tant que chef d’entreprise, lorsque tu veux mobiliser un emprunt, le banquier souhaite des garanties. Son argument : mesure ton niveau d’engagement dans ton projet, savoir jusqu’à quel point tu y crois. Dans le cas présent, l’argument du banquier se retourne contre lui-même : accepter de renoncer à son bonus présente quelques avantages :
    o L’entreprise ne paie pas de charges sociales, sur des bonus de quelques millions d’euros, l’économie est subsantielle,
    o Le résultat de l’entreprise est amélioré, ce qui renforce de facto les fonds propres et renfloue les caisses de l’état via l’IS,
    o En terme de management, quoiqu’on en pense, ça (im)pose le respect, c’est bon pour la motivation des troupes qui n’a pas l’impression de consentir seules les sacrifices,
    o Le banquier se retrouve à la place du chef d’entreprise à qui on demande des garanties, donc, son niveau d’engagement et de motivation dans son projet,
    o Et enfin, c’est un non-sens absolu de rémunérer l’échec !
    • Ta vision des TPE/PME est presque naïve : Toutes les entreprises ont besoin d’être financées, toutes ! Ton point ne se pose pas de la façon dont tu l’exposes, sauf ton respect bien entendu. Ce qui aurait du sens, de la gueule, et qui irait dans ton sens, c’est de différencier socialement et fiscalement les entreprises ! Il y a un monde entre les TPE, les PME et les Corp, dont le fonctionnement est très proche des services de l’Etat !
    • Enfin, limiter les rémunérations vers le haut serait un pas de géant vers… le système fonctionnaire ! Pourquoi vouloir limiter à la hausse les salaires lorsque les patrons ont des résultats ? Mais surtout, il faut payer les gens en se posant la question : que reste t-il à la fin de chaque mois lorsque j’ai tout payé ?

    En fait, je t’exprime mon humble coin de rue, mais au fond, en dehors d’entreprendre dans l’innovation, je n’y connais pas grand chose…

    K. The Magnificent ;-)

  2. Franz Vasseur Dit:

    Merci, Ô Karl le Magnifique !

    Mais, cher Maître, pourriez-vous éclairer notre humble lanterne sur la différenciation entre TPE / PME et GE ? Et selon quelles modalités, Ô grand Vizir ?


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