Vademecum de la journée démocrate

Ci-dessus : tentative de prise de parole lors d’un débat spontané.
Une nouvelle journée démocrate s’est tenue le 1er juin 2008 au Mouvement Départemental de Paris sous l’impulsion de Marielle de Sarnez (http://parisdemocrate.hautetfort.com/agenda). C’est l’occasion de poser par écrit les modalités de cette manifestation afin de les partager.
Le point de départ de cette méthode m’a été transmis par Patrick Beauvillard pour préparer notre atelier au Forum des Démocrates de septembre 2007 (résultat : http://franz.vasseur.googlepages.com/forum). Au fil des expériences, s’est développée la « Journée démocrate » : expression de propositions priorisées grâce à la participation des adhérents, dans un cadre organisé structurant, de telle sorte :
- que tous les participants s’expriment – et non une minorité,
- que ce soit un échange d’idées nouvelles, vif et respectueux – et non un désordre généralisé ou un pugilat verbal,
- que ce soit une séance de travail produisant un livrable utile à l’exécutif – et non de la poudre aux yeux.
Le cœur de cette méthode est l’atelier en « mini-groupe » qui permet à chaque participant de prendre au moins une fois la parole. La généralisation de ces Journées démocrates peut créer une démocratie vivante au sein du Mouvement démocrate, capable de fédérer durablement notre parti, de recruter d nouveaux adhérents et de générer des propositions originales afin de préparer efficacement les échéances à venir. Et les gagner.
1. Objectif de la Journée démocrate
La démocratie n’est pas naturelle, elle s’apprend. C’est le premier objectif d’une journée démocrate : apprendre à échanger sans s’invectiver, découvrir l’autre par l’écoute, exposer ses idées par l’expression publique.
Mais faire de la démocratie est un labeur, et s’y coller pour le seul plaisir de « faire de la démocratie » peut rapidement transformer le militant le plus motivé en abstentionniste définitif. Il faut donc un but à ce travail et pour ce faire, définir un « livrable », terme utilisés par les consultants de tout poils, qui signifie simplement « résultat fini et exploitable », soit l’inverse des déclarations grandiloquentes et inutiles.
Par exemple, sur Paris, l’objectif était de « recueillir les souhaits des adhérents en matière de règlement intérieur départemental ». Le livrable est donc une liste de propositions émanant des adhérents, classées par thèmes et priorisées en terme d’importance à leurs yeux, permettant de rédiger un projet de règlement intérieur.
Mais l’objectif peut être un peu plus émoustillant que la rédaction d’un règlement intérieur, tel qu’un travail sur le programme européen du Mouvement démocrate, régions par régions (au sens européen), en vue de l’échéance de juin 2009. La « journée » est l’outil démocratique tout terrain par excellence, qui permet de traiter à peu près n’importe quel sujet pour en tirer un résultat exploitable par les instances exécutives.
En pratique, primo : trouver un objectif et décrire le résultat à atteindre à l’issue de la consultation.
Si possible avec un joli titre ou intitulé. Pour Paris, ce fût « Pour un Paris démocrate, écrivons ensemble nos règles de vie », ce qui est quand même particulièrement attractif pour un règlement intérieur. C’est du marketing, comme disent nos amis anglo-saxons, mais ça compte : le succès de votre journée peut en dépendre !
2. Méthode de participation encadrée, dite « en mini groupe »
Le principe de la démocratie est que la légitimité d’une décision repose sur le consentement, exprimé consciemment, du peuple. Pour un parti politique, cela implique d’organiser l’expression des adhérents pour que l’exécutif (national ou départemental) entende leur opinion.
Précisons qu’il s’agit pour l’exécutif d’entendre et non d’obéir, différence discriminante entre démocratie efficace et basisme immobile. En effet, l’exécutif élu décide. Quitte à ne pas suivre l’opinion exprimée, dès lors que la décision est motivée et qu’il en soit rendu compte lors de la prochaine élection.
Mais pour décider, il faut que l’exécutif ait connaissance de toutes les idées et opinions. D’où l’intérêt de faire s’exprimer des adhérents qui sont normalement silencieux lors des réunions politiques classiques, dans lesquelles généralement, seuls parlent les forts en thèmes, les cadors et les spécialistes. Or il arrive (et oui) que beaucoup de bonnes idées soient ainsi passées sous silence. Et que des personnes de qualités passent inaperçues.
La journée démocrate s’organise autour d’ateliers de travail, visant à générer chacun un résultat exploitable sur un thème de l’objectif, suivi de restitutions et de débats, comme suit :
- un atelier par thème, sous la responsabilité d’un animateur et d’un rapporteur, de 10 à 100 personnes,
- chaque atelier travaille en « mini-groupe » de 3 à 7 personnes permettant l’expression de chacun,
- la restitution des synthèses des ateliers est faite en assemblée, avec un débat encadré des participants.
En pratique, secundo, diviser votre objectif en autant d’ateliers que de thèmes. Par exemple, la journée de consultation sur le règlement intérieur a été divisée en six ateliers : 1) Accueil des nouveaux adhérents, 2) Formation des adhérents, 3) Projet politique, 4) Organisation, 5) Préparer les échéances et 6) Information et communication.
Les ateliers se composent de 10 à 100 personnes. Pour la première journée, le conseil est de faire des ateliers restreint, d’environ 15 participants. Par la suite, le nombre peut facilement augmenter. A Seignosse, l’atelier animé avec Patrick Beauvillard se composait de 70 participants, divisé en 12 mini-groupes.
Le fonctionnement d’un atelier se déroule sur une heure officielle (plus 30 mn de battement pour les inévitables retards), en cinq phases :
1. Présentation de l’atelier (10 mn) : les animateurs présentent les enjeux de l’atelier. L’animateur ne doit pas donner son avis, mais exposer les questions sous-jacentes, afin que les propositions des participants soient les plus pertinentes possibles.
2. Réflexion individuelle (5 mn) : Les animateurs demandent à chaque participant de réfléchir en silence sur le thème de travail et d’écrire les propositions qui lui paraissent essentielles sur le thème de l’atelier.
3. Echange en mini-groupes (25 mn) : Les animateurs composent arbitrairement des groupe d’environ 3 à 7 personnes (les fameux « mini-groupe »), dans lesquels (i) chacun doit exprimer sa réflexion individuelle, à tour de rôle, (ii) s’ensuit un débat dans le mini-groupe, pour (iii) en déduire des propositions effectives. Il faut que le mini-groupe se choisisse un secrétaire, dont le travail est la prise de note des propositions (dont les siennes), puis la restitution du travail du mini-groupe à l’atelier. Le secrétaire note les propositions sur la fiche dédiée (annexe 5), remise à l’animateur.
4. Rapport des mini-groupes (15 mn) : A tour de rôle, chaque secrétaire (et lui seul) de mini-groupe expose à l’atelier les propositions de son mini-groupe. Pendant cette phase critique, l’animateur écrit les propositions sur un tableau et, dans le même temps, le rapporteur les note en informatique sur un ordinateur portable. Et ce sans censure aucune. C’est la matrice de la synthèse de l’atelier (annexe 4).
5. Priorisation (15 mn) : L’ensemble des propositions étant notées sur un tableau, il convient de les prioriser. Pour ce faire, chaque participant se voit attribuer 5 points à répartir librement sur les propositions du tableau papier (note directement sur le tableau à tout de rôle). Le total des points de chaque proposition est noté en informatique : la synthèse est complète !
Le respect de ces cinq phases est un facteur de réussite pour l’ensemble de la journée : expression des participants, note des propositions, priorisation des propositions, synthèse rendue dans les temps pour le débat public. Il est indispensable de faire une chronologie ou « script » de la journée (voir annexe 3).
Enfin, un mot sur les binômes animateur et rapporteur (annexe 2). Les qualités requises sont rigueur, neutralité et capacité d’écoute. Avec si possible une connaissance du sujet de l’atelier, mais ce n’est pas indispensable. Leurs rôles sont les suivants :
- l’animateur : il dirige l’atelier, fait travailler les mini-groupes, suscite les propositions et les recueille en les inscrivant sur le tableau papier.
- le rapporteur : il assiste l’animateur pendant l’atelier, et surtout prend fidèlement en note sur un ordinateur portable les propositions des mini-groupe, avec les notes attribuées. Puis il finalise la synthèse.
Le rôle de rapporteur peut paraître ingrat. Mais in fine, c’est lui qui exposera la synthèse devant l’assemblée des participants, en deuxième partie de journée. Ainsi, les deux fonctions ont leur intérêt !
En pratique, tertio, la réussite de la journée dépend du choix des animateurs et rapporteur. Il est indispensable de faire une réunion de formation avant la journée (et non le matin), pour procéder aux ajustements des équipes et faire le point sur les moyens (voir annexe 1).
Enfin, il faut que les participants s’inscrivent à l’avance, en indiquant les ateliers souhaités, pour prévoir les ateliers et les équipes en conséquence.
3. Restitution des ateliers et débats en assemblée
Les synthèses des rapporteurs sont centralisées par la coordination en vue de leur restitution en assemblée, laquelle comprend tous les participants des ateliers et s’organise comme suit.
Les uns à la suite des autres, les rapporteurs vont exposer à l’assemblée les principales propositions de leur atelier, dans leur ordre de priorité (notes). Si vous disposez d’un video-projecteur, ces propositions peuvent utilement être insérées dans un document informatique type power point, et projetées pendant la restitution. La restitution idéale ne dépasse pas 10 minutes.
Après chaque restitution, s’ensuit un débat de l’assemblée d’une durée indicative de 20 minutes. Afin d’éviter le chaos en général, et les prises de paroles intempestives, accaparantes, agressives, etc., les interventions sont limitées en temps de parole, par exemple d’une minute. A la fin de la minute, un son doit signaler la fin du temps de parole. Par exemple, à Paris, nous avons utilisé un bruit d’un gong, particulièrement efficace. Un deuxième bruit doit retentir 15 secondes plus tard.
Outre le temps de parole limité, afin d’éviter des réactions – bien humaines – d’impatience lorsqu’un orateur est soit trop long, soit répète des propos déjà tenus, il est possible d’utiliser un geste signifiant cette impatience silencieusement, tel qu’un enroulement des avant bras, qui signifie généralement « embraye ! ». Si possible avec un sourire.
Lors des débats, lorsqu’une intervention recueille un assentiment, le rapporteur du thème considéré prend en note la proposition qui en résulte, et l’intègre à sa synthèse au titre du débat en assemblée. Lorsque les débats sont achevés, il est possible de faire un débat ouvert, toujours dans les mêmes règles de temps de parole, et avec un temps limité afin de pourvoir clore la journée et remercier les équipes.
Enfin, last but not least, il est impératif que les synthèses des ateliers soient mises à la disposition des participants (mise en ligne sur un site internet si le résultat est public ou envoi par email si le résultat est réservé aux participants). D’une part par respect de leur travail. D’autre part pour que les synthèses puissent effectivement de base de réflexion sur le sujet considéré.
A vous de jouer pour organiser des Journées démocrates et pratiquer une démocratie « vivante » !
Post scriptum : Pour télécharger les ANNEXES : vademecum-de-la-journee-democrate-def